Quel devenir après le coronavirus ?

Celui qui est désigné comme « l’intellectuel global du XXIe siècle » selon The Economist, dont les analyses prospectivistes sont écoutées avec intérêt à Davos, auteur à succès de « Sapiens », « Homo Deus » et « 21 leçons pour le XXIe siècle », l’historien et humaniste Yuval Noah Harari est très sollicité aujourd’hui sur sa vision de la crise engendrée par le coronavirus.

Anticipation
En 2015, après la menace qu’a fait peser Ebola, il écrivait dans « Homo Deus » : « Si une nouvelle souche de grippe inconnue tuait des millions de personnes dans le monde, cela serait considéré comme un échec humain inexcusable et les ir-responsables qui n’auraient su, ni anticiper ni combattre le fléau, seraient cloués au pilori ».

Mondialisation de la crise
Nous voici au cœur de ce scénario, confrontés à une crise mondiale qui va bousculer autant l’individu que les économies mondiales, rebattant les cartes politiques, chahutant, jusqu’à leur possible chute, certains gouvernements. L’après, pour Yuval Harari, se bâtira sur des décisions prises dans l’urgence de vouloir rétablir un monde en déséquilibre. Mais pour des millions d’individus qui auront compris que cet épisode tragique n’est pas un hasard mais la résultante d’un effet papillon qui pourra se reproduire, pour ces millions d’individus la sortie de la crise sera aussi l’entrée dans un paradigme inquiétant

Irréversible
Ce qui se dessinent pour sortir de cette crise, que certains économistes préfèrent qualifier de catastrophe, est que les décisions que les gouvernements vont être amenés à prendre influenceront nos modes de vie, de manière irréversible. Prises dans l’urgence, contraintes par des rapports de force sans foi ni loi, elles vont accélérer les changements historiques. Des technologies qui ne sont pas encore abouties, largement boostées pour parvenir à des solutions de sortie de crise, deviendront les bouées mises à disposition des individus pour « retrouver leur vie ». Impossible de confiner encore longtemps des populations qui, pour une grande partie, sortiront avec la rage de travailler vite car la précarité est devenu leur cauchemar

  • « … Car le risque de ne rien faire est plus important que celui d’essayer. Des pays entiers servent ainsi de cobayes pour des expériences inédites menées à grande échelle… En temps normal, les gouvernements, les entreprises et les systèmes éducatifs n’auraient jamais accepté de mener de telles expériences. »

Géolocalisation : entre liberté et santé
Voilà le non-choix terrible que des gouvernements vont devoir appliquer. Un monde de surveillance nouveau est né, second outil de lutte contre la pandémie après le confinement. L’usage des technologies de Big data, d’intelligence artificielle (IA) et de géolocalisation via les données des smartphones permettent de réguler les déplacements de millions de Chinois afin de contenir la pandémie, tout comme en Israël où le Shin Beth a été autorisé à se servir de ses outils d’IA anti-terrorisme pour pister les patients porteurs du virus. Et l’on pourrait aussi citer la Corée du Sud, Taiwan et Singapour où les téléphones sont devenus des Big Brothers portables à  des fins de salubrité publique. Un slogan diffusé par les drones urbains pourrait résumer cet état de fait : « Ta liberté surveillée est le garant de la santé du collectif. »

Dans l’interview accordée récemment à CNN, Mr Y s’inquiète de la capacité des leaders actuels à faire les bons choix. Et bien sûr de leur entendement à développer la recherche afin de se prémunir du prochain virus plus rapide que la plus rapide technologie à développer de nouvelles configurations.